Echos de la session de formation des animateurs principaux de la Vice-Province Saint Pie du Congo

Echos de la session de formation des animateurs principaux de la Vice-Province Saint Pie du Congo annoncée par

le Maître de l’Ordre

Dans le cadre du passage du Vicariat Général Saint Pie V de la RD Congo au statut de Vice-Province, tous ses animateurs principaux (Conseillers vicariaux, Prieurs/Supérieurs, Pères Maîtres et Syndics des Couvents) ont été conviés à une session de formation sur le thème « Dynamique communautaire et mise en commun dans une entité dominicaine autonome ». Celle-ci se tint au Couvent Saint Dominique de Kinshasa-Limete, du 23 au 25 mai 2016. Animés par nos estimés et expérimentés frères Emmanuel Ntakarutimana, o.p. du Vicariat provincial du Rwanda-Burundi et ancien Socius du Maître de l’Ordre pour l’Afrique et Charles Ukwe, o.p., Provincial du Nigéria, les 19 participants à cette session ont pris la mesure de leur responsabilité par rapport à l’avenir et se sont engagés fermement à se constituer, avec leurs frères, en artisans d’une Vice-province forte et prospère au cœur de l’Afrique. Les prières méditatives du début de chaque journée de travail, les entretiens, les échanges et débats, les travaux en carrefours et les mise en communs en plénière, tout respirait une ère nouvelle et manifestait la volonté de changer de tourner les pages noires de notre histoire commune et d’envisager l’avenir autrement. Outre les mots de bienvenue et de clôture que nous allons vous présenter dans ce numéro spécial, l’ensemble de la session s’est structurée autour de six conférences dont voici les titres :

  1. Célébrer le jubilé de l’Ordre comme occasion d’un nouvel élan de la vie religieuse (E. Ntakarutimana) ;
  2. La qualité de notre vie commune, cœur de l’organisation de notre mission dominicaine. La vie commune comme mentalité dominicaine (E. Ntakarutimana)
  3. Mobiliser les ressources en commun (Ch. Ukwe)
  4. Pour une gestion responsable des ressources en commun (Ch. Ukwe)
  5. Expérience de gestion d’une entité provinciale (Ch. Ukwe)
  6. Quelques réflexions sur une gestion durable d’une communauté religieuse (Eduard Costermans)

Toutes ces conférences et les résultats des travaux en carrefours ont conduit les participants à identifier les mécanismes ci-après qui, de leur point de vue, pourraient donner vigueur à la mobilisation commune des ressources et à la gestion commune des biens en vue d’une Vice-province Saint Pie V autonome :

  1. Renforcer la mise en commun totale en retirant à la source les salaires des frères (par les syndics conventuels) et en remettant aux syndics tous les dons reçus ;
  2. Recueillir, au niveau de la Vice-Province, l’information sur toutes les œuvres identifiées en vue d’un contrôle effectif et d’une gestion efficiente.

Dans la même optique, envoyer un ou deux frères au Nigéria pour s’inspirer de leur expérience de fund-raising.

Organiser et structurer le Bureau du Syndic, avec les services connexes tels que la comptabilité et la caisse ;

Clarifier les possibilités de contribution des frères exerçant l’apostolat en dehors du territoire de la Vice-Province Saint Pie V conformément à LCO 548,5° ;

  1. Revisiter la situation de la Communauté Saint Thomas d’Aquin de la Paroisse Saint Dominique en relation avec le Couvent Saint Dominique ;
  2. Veiller à la régularité de la prière dans toutes ses formes et à l’organisation inconditionnelle et pour tous les frères de la retraite annuelle dans toutes les communautés ;

D’autres propositions (deux au total) sur lesquelles il faille approfondir la réflexion ont été retenues :

  1. Veiller à la séparation effective des tâches entre le Vice-provincial et le Syndic ;
  2. Veiller à l’élaboration effective et réaliste de la prévision budgétaire à tous les niveaux ;

Aussi, il est entendu que le Vice-Provincial organise rapidement la visite canonique dans toutes les communautés de la Vice-Province afin d’engager toute la communauté vice-provinciale dans la voie de cette nouvelle dynamique.

La session étant un cadre de réflexion aux enjeux du moment et non une instance de décision, les différentes propositions qui en ont découlé ont été déversées à l’ordre du jour du dernier Conseil vicarial pour analyse et décision.

L’ensemble de la session était encadrée en amont comme en aval par les mots de bienvenue et de clôture de l’actuel Vicaire général et futur Vice-Provincial dont voici le contenu :

  1. Mot de bienvenue et cadre logique

Très chers frères en Saint Dominique,

Je salue la présence de chacun de vous tous dans cette salle et vous souhaite, à vous tous et à chacun, la bienvenue à ces assises ! Votre disponibilité, qui vous a conduits à vous arracher de vos occupations quotidiennes afin de prendre part active à cette session, est un témoignage éloquent du souci que vous portez à l’avenir de notre entité, notre « maison commune », appelée à devenir, dans quelques jours une « Vice-Province ».

Je voudrais saisir cette opportunité pour circonscrire le cadre logique dans lequel s’insère cette session en essayant d’élucider un certain nombre de questions, notamment : Quel est le contexte qui justifie l’organisation de cette session ? Pourquoi ce thème ? Quel est l’objectif poursuivi par cette session ? Quel doit être notre état d’esprit tout au long de cette session ? Quel est le critère qui a présidé au choix des participants, d’une part, et des animateurs, d’autre part ?

 

  1. Contexte de célébration de la session

Cette session se situe à un moment-charnière de l’histoire de l’Ordre, en général, et de l’histoire du Vicariat, en particulier. Comme vous le savez, l’Ordre dans son ensemble est engagé, depuis bientôt dix ans, dans la dynamique de la célébration de son jubilé de 800 ans d’existence dont l’ouverture solennelle des célébrations a eu lieu partout dans le monde – y compris chez nous – le 07 novembre 2015 dernier. Au niveau vicarial, nous sommes à 1 mois et 8 jours de la commémoration du jubilé d’or (50 ans) d’institution de notre Vicariat Général, le plus vieux d’Afrique. Il n’y a pas longtemps (2012), nous avons célébré le Centenaire de la Mission dominicaine ininterrompue en République Démocratique du Congo. Aussi, les Chapitres Généraux de Rome (2010) et de Trogir avaient-ils invité toutes les entités de l’Ordre à s’engager dans une dynamique de restructuration en vue d’une vie et d’une mission plus fructueuses à l’horizon 2016. Nous y sommes donc ! Bref, cette session est à situer dans le contexte général de la célébration des différents jubilés et de l’invitation des Chapitres Généraux de Rome (auquel j’ai moi-même pris part) et de Trogir (auquel a pris part notre frère Dominique Ndolomo, que j’ai invité exceptionnellement à ces assises).

  1. Du choix du thème

Le choix du thème de cette session, qui a fait l’objet de longues discussions en Conseil vicarial, repose sur un principe méthodologique de plus en plus usité en théologie pratique, à savoir : « VOIR – JUGER – AGIR ». Il s’agit, comme nous le propose le Saint Père François à l’occasion du lancement de l’année de la vie consacrée, de « Voir le passé avec reconnaissance, vivre le présent avec passion et embrasser l’avenir avec espérance ».

Ce thème (Dynamique communautaire et mise en commun des biens dans une entité dominicaine autonome) prend en compte les conclusions des dizaines des visites canoniques effectuées dans notre entité par les différents Maîtres de l’Ordre ou leurs délégués et dont les deux dernières nous ont été accordées par l’actuel Maître de l’Ordre en personne. A chacune de ses visites, une feuille de route claire nous est toujours laissée accompagnée d’une invitation pressante dont la toute dernière est : « Se libérer de la culture de la dépendance pour une culture d’appartenance ».

  1. Objectifs poursuivis par la session

L’objectif principal de cette session est double :

  • Renforcer notre engagement dans la vie commune en vue d’un nouvel élan missionnaire, typiquement congolais, 100 ans après l’arrivée des premiers missionnaires belges ;
  • Identifier le type d’attitudes et état d’esprit que devra désormais avoir tout dominicain congolais, quelle que soit l’étape où il se trouve, pour construire une vie religieuse solide et une institution dominicaine porteuse de ses rêves et aspirations apostoliques.

 

 

 

  1. Choix des participants

La cellule de base de la vie religieuse dominicaine est « le Couvent et la Maison » (cf. LCO 252). C’est là (dans les Couvents et les Maisons) que s’articule et se vit au quotidien les différents éléments fondamentaux qui structurent la vie et la mission de l’Ordre sur un territoire donné (cf. LCO 1, § IV).

Consciente de ce vérité fondamentale, cette session a pour ambition d’engager les leaders de notre Vicariat dans la voie d’une prise de conscience profonde de leur responsabilité vis-à-vis de la future Vice-province. Remarquez à partir du tableau statistique que j’ai annexé à la présente communication que nous représentons plus de la moitié des frères qui se partagent directement sur terrain la mission de l’Ordre en République Démocratique du Congo. En plus, c’est nous qui organisons la vie du Vicariat dans son ensemble (Conseillers vicariaux), des Communautés qui nous ont fait confiance ou sur lesquelles nous avons été institués (Prieurs/Supérieurs, avec leurs syndics), des maisons de formation (Pères Maîtres).

Ne dit-on pas : « Il n’y a pas de mauvaises troupes ; il n’y a que des mauvais commandants » ?

  1. Choix des orateurs

Le choix des orateurs repose sur le critère de compétence et d’expérience. Au départ, quatre orateurs étaient pressentis : les frères Gabriel Samba, actuel Socius du MO pour l’Afrique ; Emmanuel Ntakarutimana, ancien formateur au couvent Saint Dominique et ancien Socius du Maître de l’Ordre pour l’Afrique ; Charles UKWE, actuel Provincial du Nigéria-Ghana qui est la première entité dominicaine autonome d’Afrique et Eduard Costermans, responsable des questions congolaises au Conseil vicarial de l’actuel Vicariat Vice-Provincial Ste Rose en Flandre. De quatre orateurs, un, frère Gabriel Samba, ne pourra arriver au Congo que le 30 mai prochain ; deux ont pu tailler de l’espace dans leurs agendas et un, frère Eduard Costermans, a pu nous faire parvenir son texte qui sera pris en compte dans la présente session.

Tout ceci étant dit, il ne me reste plus qu’à nous souhaiter, à nous tous, un fructueux travail !

Sur ce, je déclare ouverts les travaux de la session de formation des Conseillers vicariaux, Prieurs/Supérieurs, Pères Maîtres et Syndics des Couvents (avec nos frères invités).

 

 

 

 

 

  1. Mot de clôture

Très chers frères en Saint Dominique,

Je rends grâce à Dieu pour l’organisation réussie de ces assises de la Session de formation des animateurs principaux de la vie de notre jeune Vice-Province en gestation. Chacun de vous, qui avez pris part à ces assises, a une responsabilité par rapport à l’avenir. Car, en effet, l’avenir de notre entité prendra la couleur et la forme que nous nous sommes aujourd’hui engagés à lui donner. Plutôt que de subir le cours de l’histoire en nous enfermant dans des indexations sans cesse répétées de quelque « boucs émissaires » de notre réalité présente, il nous faut, à l’exemple de la Province aînée du Nigéria-Ghana, emballer notre courage et détermination pour affronter les défis du futur en essayant d’être responsables et acteurs de notre destinée. C’est pour nous la seule manière d’assurer notre avenir et de prouver à la face du monde que nous pouvons nous assumer et assumer la mission de l’Ordre en République Démocratique du Congo sans obliger qui que ce soit de nous venir en aide.

Si la mission de l’Ordre au Congo a aujourd’hui 104 ans, nous devons être fiers d’avoir été au cœur de son maintien ces cinquante dernières années. Nous l’avons certes fait en nous appuyant sur l’héritage nous légué par nos pères missionnaires belges (Couvent R.T.S. Rosaire de Viadana, Couvent Saint Dominique de Kinshasa, Maison Saint Martin de Porrès de Kisangani) ou acquis grâce au financement de l’ancienne Province Ste Rose en Flandre (Tout ce qu’énumère Edouard Costermans dans son Speech et la plupart des projets en route ces jours-ci) et, quelque rares fois, des autres organismes de financement de l’Eglise.  Il a plu au Seigneur de rappeler auprès de Lui tous nos patriarches (Vincent Awiore, Thomas Kamainda et Clément Masikini) qui étaient tous formés par nos Pères belges et dont les noms étaient au départ inscrits sur la liste de la Province Ste Rose en Belgique[1] au cours de mes deux derniers mandats ; mandats durant lesquels le Seigneur nous a offert la grâce de la célébration de plusieurs jubilés : jubilé de 100 ans de présence dominicaine ininterrompue en République Démocratique du Congo, jubilés de 50 ans de vie sacerdotale et 60 ans de vie religieuse du Patriarche Thomas Kamainda[2] juste cinq ans avant sa naissance au Ciel, jubilé des 800 ans de confirmation de l’Ordre, jubilé de 50 ans d’institution du Vicariat Général Saint Pie V qui coïncide avec le changement de Statut. Durant ces deux mandats, notre entité a eu la grâce de participer à deux Chapitres généraux réformateurs et bientôt à un troisième qui annonce déjà ses couleurs innovatrices.

Hier, nos Patriarches ont tout donné pour nous léguer tout ce que nous avons aujourd’hui. Il nous revient aujourd’hui d’envisager l’avenir de notre entité non pas en dilapidant ni en nous contentant seulement de ce que nous avons hérité de nos Patriarches, mais en mettant en route des nouveaux mécanismes, des mécanismes innovants et innovateurs pour gérer rationnellement et de manière responsable l’ensemble de l’héritage reçus des Patriarches de manière à leur donner de la valeur ajoutée, d’une part, et en créant notre propre paquet d’héritage à léguer aux générations présentes et à venir, d’autre part. En cela, notre hymne national doit nous interpeller :

   « Débout congolais, unis par le sort ;

   Unis dans l’effort pour l’indépendance.

   Dressons nos fronts, longtemps courbés ;

   Et pour de bon, prenons le plus bel élan dans la paix.

   Ô peuple ardent, par le labeur nous bâtirons un pays plus beau qu’avant dans la

   paix ;

   (…)

   Serment de liberté que nous léguons à notre postérité pour toujours »

 

Oui, chers frères, nous avons découvert que pas loin de nous, des africains comme nous, avec une expérience de l’Ordre beaucoup plus courte que nous (65 ans) ont réussi à se dépasser, assainir leurs divergences et décider de se serrer les mains en engageant dans leur combat pour la liberté et l’autonomie leurs frères laïcs et l’expérience continue à faire ses preuves. Il leur a fallu seulement de l’audace et de la volonté pour réussir. Et ça a réussi.

 

Aujourd’hui nous venons de nous déterminer à bannir les pages sombres de notre passé et à envisager l’avenir avec détermination ; nous avons mis en route des stratégies pour réussir le pari de la liberté et de l’autonomie dans l’articulation de notre vie et de notre mission sur le territoire qui nous a été confié. C’est notre responsabilité qui est engagée. Faisons-nous l’honneur d’être des hommes cohérents et respectueux de leurs propres engagements. Autant Josué avait pris à témoin un quelconque morceau de Pierre à l’occasion de l’engagement solennel des fils d’Israël à ne servir que Dieu (Jos 24,27), autant je prends à témoin ces murs de la grande salle de la Bibliothèque du Couvent Saint Dominique de Limete par rapport à notre engagement solennel de ce jour. Que personne parmi nous ne se constitue en obstacle à l’évolution positive de notre Vice-Province ; que personne parmi nous ne soit celui par qui ou grâce à qui la mission dominicaine au Congo connaît une paralysie ; enfin que personne parmi nous ne soit l’auteur ou le complice du malheur qui s’abat sur nos frères, sur l’institution ou sur la mission (cf. Bréviaire, p. 198-199 : 3ème hymne du Temps de Carême). Mais que tous, profitant des grâces des divers jubilés que nous avons eu à célébrer ou célébrons ces jours, nous puissions enfin nous écrier comme le Psalmiste : « Fais connaître ton œuvre à tes serviteurs et ta splendeur à leurs fils. Que vienne sur nous la douceur de notre Dieu ! Consolide l’ouvrage de nos mains, oui consolide l’ouvrage de nos mains » (Ps 89,17-17).

Il ne me reste plus qu’à remercier très sincèrement chacun de vous tous. Merci aux frères Emmanuel Ntakarutimana et Charles Ukwe pour leur très grande disponibilité à nous accompagner durant ces trois jours. Merci aussi au frère Eduard Constermans, pour son texte qu’il nous a fait parvenir. Leurs différentes communications enracinées dans leurs expériences nous ont permis de cerner clairement notre part de responsabilité dans la construction de notre entité dont la vocation ultime est d’être autonome, forte économiquement, responsable de sa vision, de ses rêves, de sa mission et de la formation de ses futurs collaborateurs, solidaire de la vie et de la mission de l’Ordre au niveau universel. Car, en effet, une Vice-Province St Pie V forte participera, nous nous en sommes laissés convaincre, à la force de l’Ordre dans son ensemble et ses fils éprouveront la joie et la fierté d’appartenir à une entité respectée ; une Vice-Province bourrée de problèmes et incapable de prendre en mains sa destinée sera toujours un poids sur le dos de l’Ordre dans son ensemble et ses fils vivront toujours l’expérience des humiliations de tout genre devant les autres entités de l’Ordre universel. Merci à chacun de vous, pour vos réflexions et échanges constructifs tout au long de ces trois jours. Les résultats sont palpables. Cependant la réflexion n’est pas arrêtée : elle continue et doit se poursuivre dans vos Communautés pour mobiliser le plus de frères possible dans la voie de cette nouvelle dynamique pour laquelle nous nous sommes engagés ici. Qu’il plaise au Seigneur de donner à chacun de nous les mots justes et convaincants pour ramener dans le bateau de cette nouvelle dynamique la quasi-totalité de nos frères qui n’ont pas fait partie de ce groupe représentatif.

 

Je vous remercie.

 

Frère Justin ADRIKO MUNDUA, o.p.

Vicaire Général

 

Isiro, Kinshasa, Kisangani, Mbuji Mayi, Vice-Province

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